Emma

Emma

Journaliste

27 Mai 2024 à 07:05

Temps de lecture : 3 minutes
Sniffy : La poudre qui déclenche une tempête

Les Faits

🚫 Une ressemblance troublante avec la cocaïne "Sniffy" est une poudre énergisante légale à inhaler, mais sa consommation rappelle celle de la cocaïne, ce qui alarme les autorités sanitaires. Le ministre de la Santé, Frédéric Valletoux, souhaite son interdiction rapide en raison de sa symbolique inquiétante.
⚠️ Un marketing controversé Le marketing de "Sniffy" est critiqué pour cibler les jeunes, avec des saveurs sucrées et des slogans ambiguës, évoquant des plaisirs interdits mais légaux, ce qui pourrait banaliser l'usage de substances par voie nasale.
🧠 Les dangers psychologiques Des experts en addictologie dénoncent le produit non pour sa toxicité chimique, mais pour le rituel et le message qu'il véhicule, assimilant son usage à celui de la cocaïne et risquant de normaliser un comportement dangereux.
📜 Une légalité contestée Bien que les ingrédients de "Sniffy" soient légaux, leur mode de promotion pourrait tomber sous le coup de la loi française qui interdit la publicité assimilant des produits légaux à des stupéfiants, ce qui pourrait conduire à son interdiction.
🚸 Une cible vulnérable Le marketing de "Sniffy" semble conçu pour attirer les jeunes, malgré les avertissements contre son usage par les mineurs, ce qui soulève des préoccupations supplémentaires concernant la lutte contre les addictions chez les plus jeunes.

L’Opinion

Un parfum de scandale

« Sniffy ». Voilà un nom qui sonne doux, presque inoffensif. Pourtant, cette poudre blanche légale qui se « sniffe » comme de la cocaïne crée un véritable séisme dans le paysage sanitaire français. Frédéric Valletoux, le ministre délégué à la Santé, est monté au créneau, déterminé à bannir cette « cochonnerie » des étals français. Mais avant de pouvoir le faire, il doit prouver que ce produit constitue un véritable danger pour la santé publique.

Imaginez une entreprise française qui, en jouant subtilement avec les limites de la légalité, commercialise une poudre à inhaler par le nez. Entre 15 et 20 euros le gramme, disponible en ligne et dans certains bureaux de tabac. La marque, déposée en juin 2023, a rapidement fait parler d’elle, autant par son effet « euphorisant instantané » que par sa symbolique troublante.

Un jeu dangereux avec les symboles

Ce qui inquiète les autorités, ce n’est pas tant la composition chimique de Sniffy – après tout, les ingrédients sont légaux – mais bien le geste et le rituel qu’il implique. Comme le souligne Amine Benyamina, psychiatre-addictologue, « c’est la symbolique de la cocaïne qui est vendue là-dedans ». On parle ici d’une poudre blanche, inhalée par le nez avec une paille, un geste emblématique de la consommation de cocaïne.

L’entreprise a même joué sur cette ambiguïté sur son site web avec des slogans évocateurs avant de faire marche arrière. Cette stratégie marketing n’a fait qu’exacerber les inquiétudes des experts en addiction comme le docteur William Lowenstein. « Sniffer, c’est trop assimilé à la cocaïne. Ce n’est pas la peine de faire la promotion de cet usage par voie nasale », a-t-il déclaré. Il ne s’agit pas seulement de vendre un produit, mais d’entretenir un imaginaire collectif dangereux, surtout chez les jeunes.

Un marketing qui cible les jeunes

Ah, les jeunes. Cible privilégiée de bien des stratégies marketing, et Sniffy ne fait pas exception. Des saveurs sucrées et acidulées comme « Fruit de la passion » ou « Bonbon fraise » ? Une interdiction affichée aux moins de 18 ans, mais avec un packaging attrayant ? On dirait presque un remake des cigarettes en chocolat, bannies il y a des années pour des raisons similaires.

Bernard Basset, président de l’Association Addictions France, le dit clairement : « Ces parfums attireront les plus jeunes ». C’est là tout le problème. En rendant l’acte de sniffer une poudre aussi banale qu’inoffensif, Sniffy risque de banaliser l’usage de la cocaïne. Ce marketing cynique ne vise pas seulement à vendre un produit, mais à créer une culture de l’addiction dès le plus jeune âge.

Légalité ne rime pas avec sécurité

Alors, Sniffy est-elle inoffensive ? Techniquement, les ingrédients comme la caféine, la taurine ou la créatine ne figurent pas sur la liste des stupéfiants. Mais cela ne signifie pas que le produit est sans danger. L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) souligne que la commercialisation des compléments alimentaires ne nécessite pas d’autorisation de mise sur le marché, bien que des contrôles soient effectués.

Les risques d’irritation des muqueuses, de sécheresse ou d’inflammation sont réels, surtout en cas de surdosage. Et ne parlons même pas des effets potentiellement amplifiés lorsque ces substances sont mélangées à l’alcool. Les avertissements sur le site de Sniffy sont clairs, mais suffisent-ils à dissuader les consommateurs ?

Un enjeu de santé publique

Sniffy, c’est bien plus qu’une simple poudre. C’est un symbole de la manière dont le marketing peut pervertir les perceptions et les comportements. En jouant sur l’ambiguïté et en ciblant les jeunes, Sniffy pourrait bien devenir le catalyseur d’une nouvelle génération d’addictions.

La vigilance est de mise. Nous ne pouvons pas laisser un marketing cynique et opportuniste mettre en péril la santé des jeunes. La question n’est pas seulement de savoir si Sniffy est légal, mais si nous sommes prêts à accepter les risques qu’il représente pour notre société. Les autorités ont raison de s’inquiéter, et nous devrions tous en faire autant. La bataille contre les addictions commence par la prévention et l’éducation, et elle doit se poursuivre sans relâche.