Un lancement qui fait vibrer le prime
Vendredi 4 juin, 19 h 45 : le compte à rebours s’achève, la télécommande bruisse d’impatience. Sur le canal 18, T18 allume son logo et s’offre d’emblée un parfum de première mondiale façon grand soir à Cannes. Daniel Kretinsky, magnat tchèque déjà présent dans la presse française, impose sa griffe de collectionneur d’objets médiatiques précieux : une chaîne qui « s’amuse à réfléchir ». Sur le papier comme sur l’écran, l’ambition ressemble à une punchline de Tarantino : fun et cérébrale, popcorn et philo. À l’heure où les plateformes déversent des méga-budgets, voir la TNT revenir au premier plan avec un ADN hybride sonne comme un remix inattendu de la nouvelle vague et du streaming massif. Impossible de ne pas penser à l’ORTF des années 1960, lorsque la télévision publique plaçait Debussy entre un western spaghetti et une interview de Sartre. Les puristes s’inquiètent ; les curieux jubilent.
Ruquier puissance pop culture
Laurent Ruquier, éternel trublion des « Grosses Têtes », enfile le smoking du maître de cérémonie pour piloter l’émission de lancement puis, dès le 14 juin à 21 h, son magazine culturel hebdo « Chez Ruquier ». Derrière le sourire XXL se cache un boulimique de culture qui cite Marguerite Duras et Stromae avec la même ferveur. Chaque samedi soir, critiques acérées, découvertes artistiques et clins d’œil littéraires feront voltiger le plateau ; de quoi rappeler le Paris nocturne des années Palace, quand Gainsbourg croisait Warhol au bar. L’animateur promet de dégainer un regard libre, sans tabou, sur des œuvres aussi variées qu’un film néoréaliste italien ou une mixtape drill. Un rendez-vous qui pourrait, à terme, détrôner la messe du samedi soir façon « Mask Singer » — Ruquier figure déjà parmi les jurés de TF1 : le crossover médiatique s’annonce savoureux.
Talks libres et documentaires sans filtre
Si la voix de Ruquier incarne le prime culturel, la sève quotidienne s’appelle « Pour tout dire ». À 22 h 30, l’ex-éditorialiste Matthieu Croissandeau orchestre un talk où la joute verbale sera sport de combat – présence du philosophe Raphaël Enthoven en sous-texte nietzschéen oblige. Loin d’un débat de cour d’école, le format prône la liberté sans militantisme, posture rare dans un paysage où l’outrance fait parfois office de ligne éditoriale. Et parce qu’une génération TikTok exige du fond, la case documentaire « (En) quête de sens » occupe le lundi avec plus de 3 000 heures annuelles annoncées – un chiffre quasi kubrickien. Première thématique : la charge mentale, plaie moderne disséquée à grand renfort de témoignages. Entre deux rushes d’archives, Ava Djamshidi mène la danse, rappelant que la narration doit autant à Ken Burns qu’à Beyoncé lorsqu’elle brandit un Grammy pour un docu-clip.
Vers un audimat en quête de sens
T18 ne se contente pas de talk fluide et de docu musclé ; la chaîne déroule un tapis rouge au cinéma (première diffusion : Yves Saint-Laurent de Jalil Lespert) et aux spectacles vivants, vingt-cinq captations par an dignes d’Avignon in vivo. Le pari ? Offrir un refuge télévisuel capable de réconcilier l’étudiant fan de rap belge avec la lectrice assidue de Télérama. L’audace rappelle Canal+ époque Nulle Part Ailleurs : un cocktail d’iconoclastes et de culture pop, le tout saupoudré d’une exigence de service public. Reste à savoir si le public suivra quand Netflix libère en rafale ses blockbusters futuristes. Pourtant, une chaîne gratuite et impertinente, portée par un milliardaire qui promet la parole libre sans prosélytisme, ressemble à ce souffle d’air frais que réclame une jeunesse gavée d’algorithmes. Saisir la télécommande, c’est écrire une nouvelle page de la pop culture made in TNT ; laisser passer l’occasion serait capituler devant la tyrannie de l’ennui.
